De l’extérieur, Manille semble être une ville pleine de contrastes troublants. C’est le centre d’une agglomération densément peuplée, avec des banques d’état et les sièges sociaux de nombreux groupes, des attrapes-touristes, des business internationaux et des corporations médiatiques, y compris un centre de modération de contenu de Facebook. Tout cela est lourdement conditionné par l’héritage du colonialisme d’origine espagnol, américain et japonais, la terrible trajectoire politique du président Rodrigo Duterte, un volume incroyablement élevé de pornographie infantile, et la plus grande population de sans-abris au monde. En tenant compte des règles de censure locales, il n’est pas surprenant que le cinéma philippin soit de plus en plus politisé. SCHOOL SERVICE (en avant-première internationale en compétition à la 34ème édition du Festival du film de Varsovie) du réalisateur Luisito Lagdameo Ignacio et de la scénariste Rona Lean Sales ne s’aventure pas dans le territoire de l’activisme radical, bien que n’hésitant pas à exposer la réalité troublée de la périphérie de Manille.

Le film couvre un laps de temps de 24h dans la vie de la jeune Maya, huit ans, kidnappée en rentrant chez elle et portée dans la banlieue de Manille pour devenir une mendiante. Elle est plongée dans un monde complètement nouveau, tout comme le public, même si le réalisateur s’abstient d’utiliser des images choquantes et explicites. Ce qui devient la caractéristique essentielle du film est la perspective d’une enfant qui est en train de perdre progressivement son innocence.

Le personnage principal, une jeune écolière qui semble provenir d’un environnement sain, entre dans les rues poussiéreuses de la ville avec une attitude aussi rebelle qu’inutile. S’échapper n’a rien à voir avec l’engagement qu’elle peut y mettre pour essayer: c’est tout simplement impossible. Les tentatives de Maya de s’échapper laissent la place à des attentes optimistes, jouant avec les conventions des films pour enfants, mais plus l’histoire avance, plus l’anxiété commence à prendre le dessus. Ce serait facile de blâmer les kidnappeurs, mais le film met la lumière un univers complexe où les oppresseurs sont eux-même oppressés, et asservis à des situations sociales compliquées. Sans possibilité d’issue, la violence devient la seule solution, et les jeunes mendiants comprennent vite qu’ils doivent suivent ces règles pour survivre.

Il y a une scène dans laquelle un rêve choquant construit autour du désir de normalité évolue en une séquence animée, faisait écho au titre et une version idéalisée de la famille; une image impossible à chasser, et à laquelle il est impossible d’échapper. Dans le même temps le focus du film passe progressivement de l’individualité de Maya aux enfants en tant que groupe, et la sombre Manille devient presque un nouveau personnage menaçant. Le film utilise un style visuel réaliste, et bien que combiné avec une narration basée sur les enfants, c’est une tentative sincère de proposer un regard sur la pauvreté, la prostitution et les stigmates sociaux.

SCHOOL SERVICE est un travail inséparable du contexte qui a inspiré sa création. Alors que cela ne semble pas être un appel à agir, il vise clairement à résonner auprès du public et à engager le débat. Le film est produit avec un objectif clair de distribution locale, mais amènera aussi un aperçu émotionnel des problèmes sociaux philippins à un public international.

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