THIS IS CONGO – La grande guerre de l’Afrique

Malgré le titre, ne nous trompons pas. L’histoire du Congo est trop complexe pour pouvoir être représentée dans un documentaire de 91 minutes. Probablement aucun film n’y réussirait, mais Daniel McCabe, photo-reporter américain, semble n’avoir même pas voulu essayer. Malgré de fréquents flashbacks sur certains moments clefs de l’histoire du pays, THIS IS CONGO, présenté lors de la dernière Mostra de Venise dans la section Hors-concours, n’aborde pas l’héritage du colonialisme, l’exploitation des ressources, les conflits tribaux et le génocide des années 90.

Ce passé qui, souvent dans l’histoire d’un pays africain, en détermine le présent.

La caméra de McCabe se concentre sur une période très précise de l’enfer congolais, les années 2012-2015, lorsque dans la région orientale du Kivu se déroule le troisième acte de la ‘guerre mondiale africaine’, le féroce conflit qui entre 1996 et 2003 a entraîné la mort de 5 millions de personnes et renversé toute la région des Grands Lacs: Rwanda, Burundi, Ouganda, République Démocratique du Congo, Tanzanie et Kenya.

Les vestiges du génocide rwandais qui s’est greffé à la faiblesse structurelle de l’Etat congolais ont ouvert un front à l’est du pays qui ne s’est jamais plus refermé, également à cause des tentatives du Rwanda et de l’Ouganda de contrôler les riches provinces minéralières du Congo oriental.

A travers les histoires et les témoignages des quatre protagonistes, deux militaires et deux civils, on pénètre dans la région du Nord Kivu, noyau vital des contrebandiers et des miliciens soutenus par le Rwanda, l’ennemi historique du Congo.

Le point fort de THIS IS CONGO sont les images du front, où vrombissent les armes lourdes, à proximité de Goma, la capitale de la région Kivu, et où les militaires de l’armée s’entraînent sous le commandement de Mamadou Ndala, le messie de la région, une idole pour les locaux. Mais un personnage gênant pour le gouvernement et pour les rebelles du March 23 Movement, aussi connu comme M23, et qui en 2012 a pris le contrôle de la région, provoquant des massacres d’une intense férocité et l’exode de plus de 200.000 personnes. La communauté internationale s’est distinguée par son absence.

La MONUSCO, la force de paix la plus imposante des Nations Unies (plus de 16.000 hommes) n’a pas réussi à bloquer le massacre, et visiblement elle n’a même pas essayé, alors qu’elle se trouvait à 40 kilomètres de Goma.

C’est un militaire qui raconte cette énième épisode de violence de l’enfer congolais, le colonel Kasongo, ex rebelle, déserteur en série, repenti puis réintégré à l’armée à trois reprises. Chaque fois en bénéficiant d’une montée en grade. Un cas loin d’être isolé. Le gouvernement achète souvent le retour des fils prodiges.

Aux côtés des deux militaires, Mama Romance, une trafiquante de pierres précieuses (du marché noir au Kenya) est une femme imposante et courageuse qui risque chaque jour sa vie pour tenter d’offrir un futur à ses filles.

Et pour finir, Hakiza Nyantabaun couturier, réfugié et contraint d’errer dans les camps de réfugiés avec sa machine à coudre, unique source de revenus pour lui et sa famille.

“Le président Kabila fait d’énormes progrès dans la création des unités de Réaction Rapide. Mon bataillon (le 42ème) a été entrainé au patriotisme, nous avons reçu une formation internationale, ils nous ont appris le respect des droits de l’homme, le leadership, les valeurs ancestrales, les coutumes de notre pays. » (Colonel Mamadou)

Mamadou sait qu’il est une star pour les gens de Goma.

« Mon bataillon sait que les congolais sont un peuple unique et qu’ils ne peuvent être divisés. Notre gloire est de ne jamais tomber […] l’ennemi est à nos portes […] la partie la meilleure du pays est ici et s’est mobilisée pour combattre la tête haute. »

Contre qui? Les rebelles du M23, des milices de Tutsis créée par le sanguinaire Laurent Nkunda « The Terminator ». Leur sponsor est le Rwanda de Kagame, qui en dépit des accords de paix de 2003 (signés à Pretoria le 23 mars, d’où le nom du mouvement) continue à maintenir sa présence dans la région du Kivu avec des groupes armés, souvent prêts à commettre des actions génocidaires.

Le M23 estime que le président Joseph Kabila (toujours en poste) n’aurait pas respecté le pacte de 2009: en pratique le feu vert pour l’exploitation illégale des minerais.

Arpès 20 mois d’occupation et de souffrances inouïes pour la population, en 2015 le M23 battu se rend au Colonel Mamadou. Juste le temps de goûter à la victoire et aux bains de foule, il sera tué très peu de temps après dans un guet-apens. C’est pour beaucoup un complot des rwandais, qui se sont appuyés sur des traîtres parmi les officiels du Colonel.

Le Congo est la terre de tous et de personne. Contrebandiers et rebelles la revendiquent, à cela s’ajoutent de constantes ingérences étrangères. Un territoire immense de plus de deux millions de kilomètres carrés (les extrémités orientales sont très éloignées du centre) sur lequel seul l’appareil colonial belge avait réussi à étendre le contrôle administratif et militaire.

Soixante quinze millions d’habitants, un mélange d’ethnies et de tribus (les tembo, les nyanga, les hunde, les luba, les kongo, les mongo, les azande, les lunda) touchées par la malédiction de la richesse. Le Congo est littéralement une mine d’or, avec ses ressources minières incomparables en variété et en quantité. Premier producteur de coltan (indispensable pour les ordinateurs et les téléphones), riche en or, diamants, cuivre, cassitérite.

Il y’en a assez pour le rendre trop appétissant, hier avec le colonialisme prédateur des belges, aujourd’hui avec les différentes factions, groupes, sous-groupes, militaires et miliciens, tous au service d’une logique néo-féodale qui déchire le Congo. On compte environ cinquante factions armées au Congo. La défaite du mouvement M23 n’a pas pour autant pacifier la région. Au contraire. D’autres fronts se sont ouverts sur fond de conflits ethniques.

Dans la région centrale du Kasai, des milliers de personnes sont mortes l’année dernière, et on compte pas loin d’un million de réfugiés. Ces derniers mois dans le Sud et le Nord Kivu, des attaques sur des civils se sont succédées, probablement la conséquence indirecte de la confrontation en cours entre le Burundi et le Rwanda.

Le spectre du génocide des années 90 pèse sur le pays alors que les pressions s’intensifient  sur Joseph Kabila, au pouvoir depuis 2001, pour qu’il accepte d’organiser des élections. Ce qu’il n’a visiblement aucune intention de faire malgré les pressions internationales et de l’Union Africaine.

La sortie de scène de Kabila (comme cela a été le cas pour Mobutu ou pour Lumumba) ne changera pas le sort de la République Démocratique du Congo, qui comme beaucoup d’autre pays africains est une invention coloniale.

“La période coloniale est à la source de tous nos problèmes aujourd’hui. » (Colonel Kasongo)

Une simplification banale, certes …

Les tensions ethniques sont aggravées par la pauvreté, le chômage et surtout par la corruption qui se développe naturellement la où sont concentrées la majeure partie des richesses du pays.

Héritage colonial, richesse minière, conflits inter-ethniques, ingérences internationales: THIS IS CONGO. Un enfer dans lesquels il n’existe pas de pompiers mais seulement des pyromanes.

“Le Congo est un scandale géologique, les Américains doivent nous remercier, grâce à notre uranium ils ont construit la bombe atomique » (Colonel Kasongo)

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